Aller au contenu principal

« Man Ray – Magie de l’image » fait souffler un vent de surréalisme sur le musée d’art de Toulon

Actualité
Publié le 07 juillet 2026

L’univers insaisissable et profondément provocateur de Man Ray investit le Musée d’art de Toulon. À travers quelque 200 œuvres, l’exposition dresse le portrait d’un créateur total qui n’aura cessé de brouiller les frontières artistiques pour s’imposer là où on ne l’attendait jamais. Une façon de commémorer les 50 ans de la mort de cet artiste multimodal et de célébrer les 200 ans de la réalisation de la plus ancienne photographie du monde par le français Nicéphore Niépce.

Josée Massi, maire de Toulon lors du vernissage de l'exposition "Man Ray - Magie de l'image"

Insouciant, mais pas indifférent. Cette épitaphe gravée dans le marbre de sa tombe au cimetière Montparnasse, Man Ray l’a choisie. Elle résume sa personnalité fantasque et malicieuse… mais aussi son œuvre. Une œuvre riche, une œuvre multimedia, une œuvre gravée dans l’inconscient collectif qui ne laisse personne indifférent. Car l’artiste oscille entre le dadaïsme et le surréalisme : « les peintures, tableaux ou films sont faits pour choquer, pour ne pas être compris immédiatement », explique Pierre-Yves Butzbach, co-commissaire de l’exposition, gérant de l’agence Telimage qui administre le fonds Man Ray depuis 1995. Le Musée d’art de Toulon (MAT) expose jusqu’au 31 octobre quelque 200 œuvres de l’artiste, né Emmanuel Radnitzky : des lithographies, des peintures, des objets, des films et des photographies. Larmes, Le violon d’Ingres, Les lèvres rouges… Autant de clichés passés à la postérité d’un artiste venu à la photographie par accident et qui aura toute sa vie durant souffert de ne pas vivre de sa peinture.
Celui qui est décédé à Paris il y a 50 ans se prend, très jeune, de passion pour la peinture et le dessin. Après une école d’architecture, il rejoint les bancs de l’école Ferrer, une école d’obédience anarchique, un courant de pensée qui ne le quittera jamais et dont les créations seront empreintes. Dans cet établissement new-yorkais, il rencontre une écrivaine belge qui l’initie à la littérature française. Pour gagner sa vie, il travaille comme dessinateur pour l’industrie et la publicité. Il y découvre l’aérographe dont il sera l’un des premiers utilisateurs, séduit par cet « outil qui lui permet de peindre sans toucher la toile ». Une de ses créations est d’ailleurs accrochée aux cimaises du MAT.

Des rencontres qui vont marquer sa carrière

Man Ray est un homme de rencontres. Celles de Stieglitz puis de Duchamp vont être déterminantes pour la suite de sa carrière. Peu satisfait des reproductions de ses tableaux effectuées lors de sa première exposition, il va demander au photographe, galeriste et éditeur américain Alfred Stieglitz de l’initier à la photo et de lui prêter du matériel. Sans le savoir, l’homme vient de découvrir le medium qui le fera connaître et reconnaître. « Je photographie comme je peins. Toutes mes images ont une histoire et s’il n’y en a pas, je l’invente » dira Man Ray. Rayographie, solarisation, cliché-verre, il n’aura de cesse d’expérimenter différentes techniques pour ses portraits ou ses nus.
La rencontre avec Marcel Duchamp en 1915 le marquera profondément, le fera venir en France et donnera une nouvelle impulsion à son parcours artistique. Cette amitié qui durera plus d’un demi-siècle, marquée par le goût de la provocation et par la passion commune des échecs. N’ayant pas réussi à importer le dadaïsme aux États-Unis, Man Ray rejoint Duchamp à Paris. L’inventeur des ready-mades lui présente le tout-Paris… et Kiki de Montparnasse.

Les femmes de sa vie : ses muses

Éperdument amoureux, il fera d’elle sa muse… Elle refusait de poser devant un appareil photo. Pourtant, c’est avec elle pour modèle qu’il fera, peut-être, son plus célèbre cliché : Le violon d’Ingres. Quelques années plus tard, Lee Miller vient frapper à la porte de son atelier : la jeune femme veut être son assistante. La jalousie de Man Ray aura raison de leur relation. En 1932, elle rentre à New York où elle ouvre son propre studio de photographie. Emmanuel Radnitzky sombre alors dans une profonde dépression. Mais ne se départit pas de son génie créatif.
Dans un geste cathartique, il accroche une toile au-dessus de son lit et peint une bouche rouge… Celle de Lee Miller. Étirée, comme deux corps enlacés, elle survole le jardin du Luxembourg. Fin 1934, au bal Blomet, il fait la connaissance d’une jeune guadeloupéenne. Adrienne Fidelin devient sa compagne. C’est le début d’une histoire d’amour qui va durer 5 ans mêlée à une vie artistique intense, au sein de la communauté surréaliste : Pablo Picasso, Dora Maar, Paul Éluard qui écrira des poèmes pour illustrer les dessins de Man Ray ou Marx Ernst. Le peintre germano-allemand et le photographe se marieront le même jour au cours d’un double mariage, le premier avec Dorothea Tanning et le second avec Juliet Bower, qui sera sa dernière muse. Installé à Los Angeles, il se met à peindre des sculptures mathématiques inspirées d’équations donnant à chacune d’elles le titre d’une œuvre de Shakespeare.

Une exposition pour célébrer les 200 ans de la photographie

Après plusieurs allers – retours entre la France et les États-Unis, Man Ray s’installe définitivement à Paris, dans un atelier situé 2 bis rue Férou dans le 6e arrondissement. Il connaîtra enfin la consécration tant attendue, remportant de nombreux prix. En 1963, il publie Self Perfect, une autobiographie. « Pour moi, il n’y a pas de différence entre le rêve et la réalité. Je ne sais pas si ce que je fais est le produit du rêve ou de l’éveil », écrit celui qui mourra le 18 novembre 1976 Pour comprendre pleinement l'esthétique de Man Ray, il est nécessaire de s'arrêter devant l'un de ses clichés iconiques, choisi pour l'affiche de l'événement : Larmes. Simple commande publicitaire pour une marque de cosmétiques, l'artiste transcende le sujet en réalisant un cadrage ultraserré et sur un œil sublimé par des gouttes de glycérine. Une illustration parfaite de son art magistral du portrait et de l'agrandissement.
L’exposition en 6 temps montre un artiste épris d’un profond désir de liberté que ce soit dans les disciplines qu’il a choisies pour s’illustrer ou dans les techniques qu’il a remises au goût du jour. L’œuvre de Man Ray conserve une force singulière qui invite à voir autrement. Il ne reproduit pas le monde, il invente des possibles, rappelant que l’art est un espace d’expérimentation, de poésie et de liberté.
En cette année de célébration des 200 ans de la photographie, la Ville de Toulon déploie un parcours croisé exceptionnel. En écho à Man Ray, le cabinet d’art graphique (situé au premier étage du musée) présente une quarantaine de clichés légués par Paul Almasy (1906-2003). Là où le surréaliste déforme, expérimente, solarise et recompose la réalité en atelier, Almasy privilégie le reportage, le témoignage et l'approche anthropologique. Voyageur infatigable, il explore les sociétés qu'il traverse avec une immense sensibilité, en témoignent ses séries capturées en Amérique latine ou ses chroniques délicates sur la maternité à travers le monde. « Paul Almasy, photographe humaniste a également photographié Man Ray au cœur de son atelier », souligne Josée Massi, maire de Toulon. Ces portraits précieux rappellent que la photographie est avant tout un art du déplacement et de la rencontre.

Jusqu’au 31 octobre 2026
Du mardi au dimanche de 12 heures à 18 heures
7 € par personne – Tarif réduit : 4 € par personne - Gratuité en fonction des conditions d’éligibilité

Informations pratiques