Pour les Toulonnais et les passionnés d’histoire maritime, sa silhouette ventrue peinte de jaune et de rouge fait partie du paysage. Pourtant, le premier submersible d’exploration opérationnel de l’histoire est en grand danger. Comme l’a souligné Josée Massi, maire de Toulon : « depuis 1982, il veille sur l’entrée de la rade ». Mais cet emplacement de figure de proue ne l’a pas épargné. Battu par les vents, mordu par les embruns, cet engin d’exploration sous-marine exceptionnel, premier au monde à avoir atteint 4 050 mètres de profondeur en 1954, souffre aujourd’hui d’un état de corrosion avancé.
Afin de préserver ce témoin majeur de l’histoire scientifique et navale française, le Musée national de la Marine, propriétaire du bathyscaphe, va engager un vaste programme de sauvegarde. Le chantier débutera à l’automne 2026 dans l’ancien arsenal du Mourillon, sur un site sécurisé de la DGA Techniques navales. Les opérations consisteront notamment à traiter la corrosion, restaurer les éléments métalliques et redonner au FNRS III son apparence emblématique rouge et jaune. « Cette année, nous célébrons les 400 ans de la Marine nationale. Nous sommes héritiers de ceux qui ont repoussé les limites, de leur audace scientifique. En étant leurs héritiers, nous devons prendre soin de leur patrimoine. Cette restauration sera conduite par la DGA et la Marine y apportera son expertise maritime », a indiqué le vice-amiral Christophe Lucas, préfet maritime.
Sauvetage d'un pionnier de l'extrême
Le chantier, qui devrait mobiliser près de 25 ouvriers, artisans spécialisés et restaurateurs du patrimoine, va s'étaler sur un peu moins d'un an selon un calendrier millimétré. Les études techniques approfondies et phases préparatoires se tiendront tout au long de cet été pour que cet automne, le FNRS III puisse rejoindre le site de sa restauration. Le déplacement de cette structure de 16 mètres de long et de 30 tonnes représentera un véritable défi technique. « Il y aura deux transports : le premier par convoi exceptionnel, a expliqué Elsa Lewuillon, administratrice du Musée national de la Marine à Toulon. Sa restauration devrait durer 3 à 4 mois sur un terrain abrité du vent. Elle consistera en un sablage intégral de la peinture, en l’usinage de certaines pièces pour maintenir l’intégrité du bathyscaphe, en un traitement lui permettant de résister à la corrosion et en la pose de peinture. Il sera fin prêt pour être acheminé vers son nouvel emplacement, à proximité du musée de la Marine ».
Là, ce premier submersible d’exploration opérationnel de l’histoire sera mieux protégé et mis en valeur. Il sera posé sur un parterre végétalisé, dans le prolongement de la frontale du port. « Ce nouveau positionnement en fait un point de rendez-vous, une invitation à plonger dans l’histoire industrielle et maritime. Le bathyscaphe appartient à tout le monde, non pas parce qu’il est accessible à tous mais parce qu’il a pénétré l’imaginaire des habitants de notre ville maritime, a précisé la première magistrate. Il a cette audace profondément toulonnaise, celle d’une ville tournée vers l’horizon ».
Né à Toulon
Construit au début des années 1950 dans l'arsenal même de Toulon, sur les bases des travaux du professeur Auguste Piccard, celui-là même qui a inspiré à Hergé le personnage du professeur Tournesol, le FNRS III a marqué l’histoire mondiale le 15 février 1954. Ce jour-là, au large de Dakar, Georges Houot et Pierre Willm s'enfonçaient à 4 050 mètres de profondeur, établissant un record du monde de plongée habitée que la France conservera pendant six ans.
Après 93 plongées au service de la science, l'engin avait pris une retraite bien méritée à l'air libre. Mais quarante ans d'exposition sans protection ont profondément attaqué sa structure en acier.
Si le ministère des Armées et plusieurs grands mécènes industriels apportent une part majeure du financement, le budget total de 880 000 € nécessite un dernier coup de pouce. Une grande campagne de financement participatif a été lancée auprès du public.
Avec ce déménagement et cette cure de jouvence, Toulon s'assure que le témoin de l'âge d'or de la conquête des abysses continuera de faire rêver les générations futures, bien à l'abri sur le port, à deux pas de là où il est né.