Une émouvante cérémonie s’est tenue dimanche 19 juillet au mémorial de la Déportation et de l’Internement pour rendre hommage aux victimes des crimes racistes et antisémites de l’État Français ainsi qu’aux « Justes » de France. Cette commémoration, présidée par Simon Babre, préfet du Var et Josée Massi, maire de Toulon, s’est déroulée en présence des autorités civiles, militaires et des représentants de la communauté juive, de l’association des déportés et internés, de la Fondation du camp des Milles, de l’association Nationale des membres de l’Ordre National du Mérite et des porte-drapeaux des associations patriotiques.
Un enjeu mémoriel
Cette journée nationale ravive le souvenir des persécutions racistes et antisémites commises sous l’autorité de fait dite « gouvernement de l’État Français » (1940-1944). Elle est aussi l’occasion pour la nation de témoigner sa reconnaissance à tous ceux qui ont recueilli, protégé ou défendu, au péril de leur propre vie et sans aucune contrepartie, une ou plusieurs personnes menacées de génocide. C’est tout l’enjeu mémoriel du message adressé à cette occasion par Alice Rufo, ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants et dont le préfet du Var a donné lecture sur un ton grave et solennel.
« Les 16 et 17 juillet 1942, à Paris et dans sa proche banlieue, 12884 hommes, femmes et enfants étaient surpris au petit matin, arrêtés à leur domicile par des policiers et gendarmes français. La traque se poursuivit durant les jours suivants : au total, plus de 13 000 juifs présents en région parisienne furent visés. Certains d’entre eux avaient traversé l’Europe pour échapper à la persécution, à la barbarie, à l’antisémitisme. Ils avaient pensé trouver en France, patrie des droits de l’Homme, patrie des Lumières, la liberté qu’on avait voulu leur enlever ailleurs. Depuis le mois de juin déjà, une ordonnance infâme les avait obligés à porter l’étoile jaune, mais beaucoup gardaient confiance dans les autorités françaises. Quelques mois plus tôt, lors de la conférence de Wannsee, le régime nazi avait arrêté les modalités du sort qui leur était réservé, comme à l’ensemble des juifs d’Europe : l’extermination. Et il y a 84 ans, c’est l’État français qui les livrait à leurs bourreaux. Des milliers de fonctionnaires furent mobilisés, des bus affrétés… »
« La France n’a pas fini de compter ses Justes »
Et la ministre de rappeler la responsabilité du gouvernement qui avait exclu de lui-même dès 1940, sans que l’occupant l’eût exigé, les juifs de la communauté nationale en les chassant de la fonction publique, de la magistrature, de l’armée, de la presse et de l’école. Ce même gouvernement qui avait aussi promulgué une loi permettant d’interner les juifs étrangers. La suite de l’histoire est malheureusement connue : la captivité dans des conditions inhumaines, le transfert dans des camps de transit, la déportation dans des wagons à bestiaux vers des camps d’extermination… Pourtant des consciences se sont élevées pour s’opposer au pire. Des femmes et des hommes ont risqué leur vie pour cacher un enfant ou des familles entières, pour subvenir à leurs besoins, pour leur fournir des faux papiers… pour les sauver de la mort.
« La France n’a pas fini de compter ses Justes…
...Ils nous lèguent la mission de servir à notre tour, dans chacune de nos vies, contre toute forme de haine, de racisme et d’antisémitisme, ces valeurs par lesquelles une part de l’ordre du monde a été sauvée : Liberté, Égalité, Fraternité. Vive la République. Vive la France ». C’est sur cette note pleine d’espoir que conclut la ministre. La lecture du message a été suivie par le dépôt de plusieurs gerbes par les autorités civiles, militaires et par les représentants des associations*. Sonnerie aux morts, Marseillaise, chant des marais, salut des autorités aux porte-drapeaux… Avant de se disperser, les personnes qui le souhaitaient ont pu se recueillir dans la crypte du mémorial.
*Les gerbes ont été déposées par :
Simon Babre, préfet du Var
Capitaine de vaisseau Christophe Ponsich-Mitjaville, représentant le préfet maritime de la Méditerranée
Yannick Chenevard, député du Var, accompagné de Geneviève Lévy, député du Var honoraire, adjoint au maire
Josée Massi, maire de Toulon, présidente de la Métropole, accompagnée de Laurent Isnard, adjoint au maire de Toulon, délégué à la Mémoire et aux Anciens Combattants.
Mohamed Mahali, conseiller régional, représentant le président de la Région Sud.
Josée Massi, conseillère départementale, représentant le président du Conseil Départemental du Var.
Lucienne Roques, représentante de l’association nationale des membres de l’Ordre national du Mérite
Yves Haddad, président du Centre communautaire israélite de Toulon et du Var, accompagné du rabbin Avichaï Fennech, pour la communauté juive de Toulon
Franck Laussel, président du Comité départemental du Concours national de la Résistance et de la Déportation, pour l’association des Déportés et Internés
Nicolas Sadoul, directeur de la Fondation du camp des Milles