Simone Veil disait : « je n’aime pas l’expression devoir de mémoire. Le seul devoir c’est d’enseigner et de transmettre ». C’est avec ce souci de transmission aux plus jeunes qu’ont été menés les travaux de rénovation du Mémorial de la déportation et de l’internement. Il y a eu certes des travaux de peinture et d’électricité. Mais le plus important est le soin qui a été apporté à la modernisation de la scénographie et à la conception de nouveaux panneaux explicatifs. Textes courts, mise en page épurée : l’objectif est de capter l’attention des plus jeunes. « Notre ambition est de faire de ce mémorial un lieu de transmission dédié aux jeunes du département, a indiqué Franck Laussel, président du comité départemental du Concours national et de la déportation 83 (CNRD 83). Il n’est pas un musée mais un lieu de recueillement, de compréhension et de transmission ».
Pour atteindre cet objectif, les associations patriotiques ont formé un conseil scientifique. Sous la houlette d’un historien varois, cette structure bénévole a réussi le tour de force de reprendre en trois petits mois les textes existants, y apporter les corrections nécessaires afin de « transmettre une mémoire juste et la vérité historique aux nouvelles générations », a précisé Jacques Quentin, président de l’association varoise de l’Appel du 18 juin. Dès ces prochains jours, collégiens et lycéens varois vont entamer une série de visites de ce lieu unique dans le Var. À partir du mois d’octobre prochain, ces visites seront encadrées par des guides qui auront été formés.
Ancrer l’histoire nationale dans le local
Après avoir coupé le ruban, Josée Massi, maire de Toulon, Simon Babre, préfet du Var, l’ensemble des officiels et les représentants des différentes associations patriotiques ont visité ce lieu riche en émotions. D’abord l’entrée avec un tableau réalisé par Louis Bissinger durant sa déportation… puis la crypte… poignante. À l’entrée, une tenue de déporté soigneusement conservée, au fond une sculpture monumentale réalisée par Louis Brachet. Le martyr renversé sur la branche d’une croix de vie veille sur une urne contenant des cendres des camps de Dachau, Buchenwald et Mauthausen.
« Le mémorial témoigne de ce que furent l’internement, la persécution et la déportation de femmes, d’hommes et d’enfants arrachés à leur vie, à leur famille, à leur dignité, a souligné Josée Massi. Bien sûr, nous entretenons la pierre mais surtout, nous faisons vivre la mémoire. Nous permettons aux générations présentes et futures de comprendre, de ressentir et de ne jamais oublier l’histoire de notre civilisation ».
Si d’un côté du mausolée, les panneaux témoignent de la déshumanisation mise en place par les Nazis via le système concentrationnaire, depuis les voyages dans les trains de la mort jusqu’à la vie sur place ; de l’autre ils ancrent cette page sombre de l’histoire dans le territoire local. Le choix a été fait de présenter les planches chronologiquement : le camp des Milles à Aix-en-Provence, les héros locaux comme Gabriel Péri ou Honoré Estienne d’Orves, sans oublier des pages plus méconnues. « Près de 500 personnes ont été arrêtées dans le Var par la répression italienne », a expliqué Franck Laussel.
Blotti dans une ancienne soute à munitions érigée par Vauban, le Mémorial de la Déportation et de l’Internement a été inauguré en 1979. Ce « legs de l’histoire » comme l’a qualifié Simon Babre s’aperçoit depuis l’avenue du 112e régiment d’Infanterie. Il est identifiable à sa porte barrée d’un « F » à l’intérieur d’un triangle rouge inversé, marque des déportés politiques français.