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À la découverte du patrimoine du cimetière central

Actualité
Publié le 27 février 2026

La Ville propose avec la Société des Amis du Vieux Toulon des visites guidées du cimetière central. Construites autour de thématiques variées, elles permettent de poser un autre regard sur ce lieu de recueillement et de mettre en valeur à la fois les grandes figures qui y reposent – artistes, hommes politiques ou militaires – mais aussi sur l’architecture funéraire, ses symboles et l’évolution des pratiques commémoratives.

La photo montre l'entrée du cimetière central de Toulon

Avec ses illustres pensionnaires : Balzac, La Callas, Colette, Chopin, Piaf, Morrison, Molière, Montant ou Signoret, le cimetière du Père-Lachaise fait partie des incontournables parisiens à visiter. Près de 3 millions de visiteurs par an franchissent ses portes que ce soit pour se recueillir ou pour découvrir son patrimoine. Cette dualité d’usage remonte à la création des cimetières modernes, entérinée par le décret impérial du 23 prairial de l’an XII (12 juin 1804). Ce texte qui fixe les règles d’inhumation contraint les communes à excentrer ces lieux de sépulture et crée les concessions à perpétuité. Cette possibilité, pour les familles, de disposer d’un emplacement funéraire sans limite dans le temps est à l’origine de ce qui est qualifié de grande vague monumentale, c’est-à-dire la construction de milliers de monuments funéraires de toute taille et de toute forme. Conçus comme des jardins paysagers, ils deviennent des lieux de promenades où l’on vient admirer l’architecture des tombes et leurs épitaphes. Au 19e siècle, l’impression des plans et des guides des cimetières ainsi que l’édition de cartes postales des tombeaux remarquables se multiplient à destination d’un tourisme funéraire. Aujourd’hui, ce tourisme connaît un regain d’intérêt… Loin des grandes nécropoles nationales de la Première Guerre mondiale ou des cimetières militaires.
Pour faire connaître son patrimoine funéraire, les artistes et personnalités qui ont marqué l’histoire locale, la Société des Amis du Vieux Toulon a organisé avec la Ville de Toulon, lors des Journées européennes du patrimoine des visites guidées du cimetière central. Face à leur succès, l’association propose tout au long du 2e trimestre 2026 de nouveaux rendez-vous : peintres et sculpteurs ; les artistes et les écrivains ; les militaires ; les tombes remarquables. Durant deux heures, par groupes d’une quinzaine de personnes, tablettes numériques en main et casques sur les oreilles pour ne pas troubler la quiétude des lieux, Bernard, Jean-Paul, Christian ou Thierry vont présenter, expliquer mais aussi raconter l’histoire de ce panthéon à ciel ouvert qui date de 1830 et qui regroupe 8 891 caveaux… Non sans un brin d’humour et avec quelques indiscrétions croustillantes…

Mettre en avant un patrimoine méconnu

Dès le portail aux flambeaux retournés symbolisant la fin de la vie franchi, Jean-Paul ne peut s’empêcher de conter l’une de ses anecdotes préférées… un épisode savoureux digne de ceux qui opposaient dans les nouvelles de Giovannino Guareschi Don Camillo à Peppone. « Vous voyez cette fontaine au milieu de l’allée centrale, explique-t-il la pointant du doigt. Eh bien, elle n’a pas toujours été là ! À l’origine, il y avait une croix en bois. Abîmée, elle devait être changée. Mais le maire de l’époque, Henri Dutasta s’est opposé, préférant faire construire une fontaine. Furieux, l’archevêque de l’époque décide, alors, d’acheter un petit lopin de terre jouxtant le cimetière et d’y installer la grande croix blanche. Voulant avoir le dernier mot, l’édile fait planter des cyprès pour dissimuler le symbole religieux ».
Dans le dédale des îlots, la visite entraînera les groupes depuis la tombe de Vincent Courdouan à celle d’Eugène Baboulène en passant par les sépultures de François Nardi, de Paulin Bertrand. Tous sont issus de l’école provençale de peinture. Tous sont passés à la postérité. D’autres ont été moins chanceux, même si certaines de leurs œuvres sont conservées dans les réserves du Musée d’art de Toulon, comme Charles Ginoux qui s’est beaucoup inspiré de la religion pour ses toiles ou Gustave Césaire Garaud dont il est fait mention sur sa pierre tombale qu’il est lauréat du concours de Paris.  Beaucoup de peintres ou de sculpteurs toulonnais sont passés par l’atelier de la marine avant de parfaire leur technique aux Beaux-Arts de Paris , souligne Bernard. 
La plupart des tombes du cimetière central sont réalisées dans la pierre blanche provenant de la carrière de Tourris, un matériau qui n’est plus employé aujourd’hui car très onéreux. Sobres ou travaillées, toutes les stèles présentées traduisent une époque et regorgent de symboles : le sablier représentant la fugacité de la vie, le laurier ou les palmes évoquant la gloire éternelle. Certaines comme une remarquable Pietà ont été sculptées par Montagne qui a aussi signé les six muses de la façade nord de l’opéra de Toulon et qui gît quelques tombes plus loin. Joseph-André Allar à qui l’on doit, entre autres, la fontaine de la Fédération sur la place de la Liberté ou la fontaine Estrangin à Marseille a, lui-même, gravé sa stèle et les médaillons de ses enfants apposés dans le bas-relief.
Les déambulations permettront aussi de saluer Félix Mayol, Jean Aicard ou encore Jules Muraire dit Raimu. L’acteur n’a jamais renié ses origines toulonnaises.  À un journaliste qui lui faisait remarquer son accent marseillais, il a répondu : Non, Monsieur, je suis de Toulon et l’accent de Toulon est beaucoup plus distingué , conte Jean-Paul. Ces figures locales, qu’elles soient artistes, hommes politiques, militaires ont marqué, à leur manière, l’histoire de la ville ou de la France. Ces visites permettent de poser un autre regard sur ces personnalités mais aussi sur ce lieu de mémoire dont l’architecture et le patrimoine ont évolué au fil du temps…