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Félix Mayol, roi du music-hall et prince de Toulon

Actualité
Publié le 11 mai 2026

Des bords de la Rade aux projecteurs du « Concert parisien », Félix Mayol a marqué l'histoire du music-hall par son génie de la scène, sa silhouette de dandy au toupet roux et son incontournable brin de muguet. L’artiste avait fait de la légèreté un art de vivre. Sa vie s’expose sur les grilles du jardin Alexandre Ier jusqu’au 21 juin. Elle a été inaugurée le 7 mai dernier par Josée Massi, maire de Toulon qui dans son discours a évoqué un éternel Toulonnais. Retour sur le destin d’un chanteur qui a fait le tour du monde mais qui n’a jamais oublié sa ville natale.

Inauguration de l'exposition Félix Mayol
Inauguration de l'exposition à ciel ouvert "Félix Mayol, un enfant du Pont-du-Las, par Josée Massi, maire de Toulon, entourée d'un large public

Mayol. Un patronyme qui, dans le monde entier, évoque un temple de l’ovalie. Derrière ce nom de famille, qui a fait et fait frémir plus d’un joueur de rugby, se cache un prénom : Félix. Enfant de Toulon, Félix Mayol a hissé haut les couleurs de sa ville natale sans jamais l’oublier. Il y est né. Il y a vécu. Il y est mort. Il y repose pour l’éternité… Sa ville natale a souhaité lui rendre hommage en imaginant une exposition « différente », comme l’était l’homme. Elle est accrochée non pas sur les cimaises d’un musée mais sur les grilles du jardin Alexandre Ier. Proche des gens qu’il a divertis tout au long de sa carrière. « Nous avons voulu inscrire son histoire au cœur de ce lieu de passage et de partage cher aux Toulonnais, a souligné Josée Massi, maire de Toulon lors du vernissage, le 7 mai dernier. Exposer Félix Mayol en 2026, c’est aussi célébrer l’esprit toulonnais, fait de gouaille, de résilience et d’ouverture d’esprit et rappeler aux plus jeunes que leur ville est une terre de talents ».
Né le 18 novembre 1872 dans un petit appartement de la rue d’Isly au Pont-du-Las – une plaque souligne que le futur chanteur a mêlé ses premiers pleurs aux sons d’un orgue de barbarie – Félix Mayol est le fils d’un premier maître canonnier dans la Marine nationale et d’une modiste. Ses parents, chanteurs et comédiens amateurs, entraînent leur petit garçon sur les planches des théâtres locaux. C’est à 6 ans que le garçonnet fait ses débuts comme figurant dans un mélodrame. Orphelin à l’âge de 13 ans, il se retrouve placé chez un oncle qui ne veut rien entendre d’une carrière artistique. Faisant fi des injonctions de son tuteur, il se rend, à 18 ans, à Marseille pour passer une audition. Un échec cuisant ! Honteux, il poursuit sa route, écumant les bars du sud de la France… jusqu’à ce qu’il soit rattrapé par sa famille et le service militaire.

 

De la capitale du Var à la capitale

Sa conscription prend fin en 1892, suite à une malencontreuse chute à bord d’un navire militaire. À force de persévérance, il convainc son oncle de le laisser embrasser une carrière de chanteur. Ses débuts, sous le pseudonyme de Ludovic sont poussifs : il se produit d’abord au Casino de Toulon puis dans toute la France durant la période estivale. S’estimant fin prêt après 3 ans de galère, Félix Mayol décide de tenter sa chance dans la capitale en 1895. Premier signe du destin : il est engagé un 1er mai au Concert Parisien. Là, le Père Dorfeuil l’engage pour 300 francs par mois.
C’est un soir de disette qu’il crée, presque par accident, sa légende. Ne trouvant pas de camélia pour orner sa veste avant d’entrer en scène, il épingle un brin de muguet, à la fois porte-bonheur et symbole de renaissance, qu'une amie vient de lui offrir. Le destin vient de frapper une deuxième fois à sa porte. Le public adore. Les clochettes blanches deviennent son emblème. Il ne s’en départira plus… Tout comme de sa houppette rousse. Le dandy soigne son apparence : complet noir, chemise blanche, boutonnière fleurie et toupet constitue son look signature.
 

Roi du music-hall

Artiste complet à la diction parfaite, Mayol excelle dans la chanson de genre. Ses chansons, aux textes souvent malicieux et aux mélodies entêtantes, capturent l’esprit de la Belle Époque. Impossible pour un Français de ce début de 20e siècle de ne pas connaître les refrains de « La Paimpolaise » ou « Viens, Poupoule ». Composé sur l’air allemand de « Komm, Karlineken, komm », ce texte, le plus célèbre de son répertoire, il le doit à un ouvrier parisien qui, à la sortie du music-hall La Scala, gratifia son épouse d’un « viens poupoule ! ».
En 1910, il rachète le Concert Parisien qu'il rebaptise le Concert Mayol. Il y devient non seulement l'attraction principale mais aussi un directeur avisé, lançant des carrières prestigieuses, notamment celle du jeune Maurice Chevalier et d’autres Toulonnais comme Jules Muraire dit Raimu ou Valentin Sardou, grand-père d’un certain Michel Sardou. Félix Mayol prend sous son aile ces artistes débutants avec une bienveillance rare dans ce milieu.
C’est avec la même générosité que le chanteur prend part à la Première Guerre mondiale. Toujours réformé, il ne peut être mobilisé. Avec un autre Toulonnais, l’écrivain Jean Aicard, ils vont servir la France à leur façon : la plume pour l’auteur de Gaspard de Besse et la voix pour l’interprète de « Les mains de femmes » qui a écumé casernes et hôpitaux de guerre pour remonter le moral des troupes. En décembre 1917, il collabore même bénévolement avec le ministère des Finances pour encourager les Français à souscrire à la 3e campagne de l’emprunt national. Pour l'occasion il réadapte son texte « Avec le sourire », qu'il interprète sur les boulevards, flanqué de deux musiciens.

Le stade Mayol : un héritage immortel

Si Paris l’a couronné roi du music-hall, le cœur de Félix est toujours resté amarré à Toulon. Grand amateur de sport et attaché à sa ville natale, il réalise en 1919 un geste d'une générosité sans précédent. « Puisque la Ville de Toulon n'a pas les moyens d'offrir un stade à ses jeunes, je le leur offrirai moi-même », aurait-il déclaré. Il achète l’ancien vélodrome et fait transformer ses installations en un stade qui porte aujourd'hui son nom. En guise d’hommage, le Rugby Club Toulonnais (RCT) a fait du brin de muguet son emblème officiel sur son maillot.
Félix Mayol s'est éteint en 1941 dans sa propriété des Ameniers. Il repose au cimetière central, mais son esprit continue de flotter sur la ville. Plus qu'un simple interprète de chansons populaires ou sentimentales, Mayol a incarné une certaine idée de la Provence : élégante, généreuse et éternellement joyeuse.