Pas une ville ou un village du Var sans une rue ou une école au nom de Jean Aicard. Pourtant, aujourd’hui, qui connaît cet écrivain ? La richesse de son œuvre ? Plus grand monde. Il a été l’un des auteurs les plus célèbres du 19e siècle. Il a été président de la Société des gens de lettres. Il a été élu à l’Académie française. Il a été maire de Solliès-Ville. Il a côtoyé les plus grands de son siècle. Il a été à l’écoute des plus humbles, autant à l’aise avec les présidents de la République qu’avec les pêcheurs du Mourillon.
Qui est Jean-Aicard ? Une première partie de la réponse se trouve sur les grilles du jardin Chalucet. Une exposition de cartes postales met en lumière quelques-uns des aspects de sa personnalité. Sur les clichés, l’écrivain apparaît, tour à tour, à Toulon, à La Garde, à Ollioules ou à Solliès-Ville. Mais, pour découvrir d’autres pan de la vie du poète, de l’homme et de l’humaniste, il faut mettre ses pas dans les siens et visiter la villa les Lauriers-Roses. Transformée en musée, la bastide est une formidable machine à remonter le temps.
Pour s’y rendre, il faut quitter la capitale du Var ; la maison et son parc arboré de 6 hectares étant une enclave toulonnaise dans la cité du rocher. Face au Coudon, Jean Aicard (1848 – 1921) a écrit ses plus belles pages. Parmi les plus connues : Gaspard de Besse ou Maurin des Maures.
Plane l’âme de Jean Aicard
C’est dans le salon d’hiver aux larges baies vitrées que débute la rencontre. Les fresques colorées permettent d’avoir un premier aperçu du maître des lieux : un être attaché à ses racines provençales et aux gens de lettres. Cigales et branches d’oliviers tutoient des vers de Sully Prudhomme. Des céramiques de Clément Massier côtoient une lanterne chinoise. Là, les visiteurs du dramaturge patientaient… Longtemps… L’homme recevait… Beaucoup… La porte de sa demeure étant ouverte à tous.
La visite se poursuit dans son bureau. Au centre, une large table de travail. Et l’âme de Jean Aicard plane. Ses plumes disposées dans l’encrier et ses manuscrits étalés sur le sous-main semblent attendre son retour. Personne ne serait surpris d’entendre le bruit de ses pas résonner sur les tomettes, le voir franchir le seuil de la porte, s’asseoir et biffer quelques lignes. Il pourrait aussi déplacer légèrement un bibelot ou redresser un tableau de Paulin Bertrand qui avec son épouse, la femme de lettres et critique d’art Julia Pillore aussi connue sous le pseudonyme de Léon Saint-Valéry ont été hébergés aux Lauriers-Roses.
Un musée qui regorge de trésors
Certains objets n’étaient pas là du temps de l’auteur. Ils ont pris leur place, au fil des années et des trouvailles dans les tréfonds de la maison : sa veste d’académicien, une médaille remise par le maire de Bormes-les-Mimosas de l’époque et des santons.
Puis, il y a les livres. Ils s’alignent dans le bureau, sur des rayonnages bien garnis et dans la bibliothèque. Impressionnante. Sur ses quatre murs, du sol au plafond, enjambant la porte d’entrée, plus de 6 000 ouvrages ont été inventoriés. Il y a des volumes reliés en cuir et puis d’autres protégés des affres du temps par une gangue de papier. Il y des auteurs inscrits au panthéon de la littérature française et d’autres tombés dans l’oubli. Chose particulière : sur les étagères, on ne dénombre aucun écrit rédigé par ses amis Zola, Maupassant ou encore de son complice de toujours, Pierre Loti.
Un homme engagé
Hormis la chambre de Julia Pillore et la cuisine dont il ne manque que le fumet d’une daube mijotant sur le fourneau, toutes les autres pièces de la villa ont été transformées en salles d’exposition. Elles permettent de lever le voile sur la personnalité de Jean Aicard qui consacrera une grande partie de son existence à de nombreuses œuvres caritatives. Autant connu pour ses romans que pour ses engagements, l’homme a contribué à la création de foyers de l’enfance, de maisons pour l’allaitement, à l’apprentissage du français dans les colonies. Est-ce dû à son enfance chaotique, lui l’enfant adultérin ? Il a aussi apporté son soutien à la Croix rouge ou aux sauveteurs en mer.
Mais ce qui marque le plus dans cette déambulation est son engagement auprès des soldats, blessés de la guerre de 1870 ou de ceux de la Première Guerre mondiale. Avec son voisin des Ameniers, Félix Mayol, ils ont servi la France à leur manière : la plume pour Jean Aicard, la voix pour l’interprète de « Viens poupoule ! » qui a écumé les casernes et les hôpitaux militaires pour remonter le moral des troupes.
Les murs et les objets de la villa les Lauriers-Roses auraient encore bien des choses à raconter. Qu’ils ont croisé Frédéric Mistral ou Sarah Bernhardt pour qui le poète toulonnais a composé une pièce présentée au théâtre antique d’Orange. Qu’ils ont entendu les premières notes d’un opéra composé par Massenet. Qu’ils ont aperçu des bribes de la correspondance assidue entre l’académicien et Victor Hugo. Et tant d’autres anecdotes, encore… Les visiteurs pourront pousser leur curiosité jusqu’au musée d’Orsay à Paris pour admirer le tableau de Fantin-Latour, « Un coin de table » où le Toulonnais est immortalisé aux cotés de Paul Verlaine, Arthur Rimbaud, Léon Valade, Ernest d’Hervilly, Camille Pelletan, Pierre Elzear et Émile Blémont
Pour l’heure, ils conserveront leurs secrets quelques mois encore, la bâtisse est fermée au public pour des travaux de restauration.
Exposition : Sur les pas de Jean Aicard – Actuellement sur les grilles du jardin Alexandre Ier.
Musée actuellement fermé au public pour travaux. Pour connaître la date de réouverture :